Il faut sauver le soldat Sidooh

Le manga est aujourd’hui bien implanté en France et, chaque mois, ce sont plus de 100 nouveaux volumes qui paraissent. Le nombre de sorties ayant augmenté plus rapidement que le nombre de lecteurs, il n’est pas rare que des séries peinent à rencontrer leur public. Ce genre de situation est toujours problématique pour l’éditeur qui doit trouver une solution pour redresser la barre ou pour limiter les dégâts. Voici un petit florilège des méthodes utilisées pour faire face aux méventes d’un manga.

  • Les offres spéciales telles que 2 volumes de Dorohedoro pour le prix d’un (Soleil) ou 4 volumes de Noodle Fighter pour le prix de 2 (Taïfu Comics). Idéales pour écouler les stocks et essayer d’attirer un nouveau public vers les titres concernés.
  • Le changement de couvertures d’Inugami ou de Karakuri Circus (Delcourt). L’objectif est de relancer les ventes du titre et de séduire un nouveau public avec des couvertures plus percutantes. Cela n’a pas fonctionné pour Karakuri Circus.
  • La hausse de prix de Dorohedoro (3 € d’augmentation chez Soleil) ou de Lone Wolf and Cub (1 € d’augmentation chez Panini Manga) partage l’effort que constitue la poursuite d’un titre peu vendu entre l’éditeur et le lecteur. Et Caïman le vaut bien.
  • La baisse du coût de fabrication du volume de Dorohedoro (Soleil). Peu utilisée, cette méthode s’est traduite pour ce titre par la disparition entre les volume 2 et 3 des textures type « peau de crocodile » des couvertures. On pourrait également imaginer la suppression des jaquettes ou des pages couleur qui sont des parts importantes du coût d’un manga. A ma connaissance, cela n’a jamais été employé sur des titres en cours de publication et en difficulté. Mais attention à ne pas toucher aux fondamentaux (traduction, orthographe, impression…).
  • Les sorties espacées de 7 Seeds (Pika Edition) ou de Dorohedoro (Soleil). Un volume tous les 4 à 5 mois afin de limiter les dégâts en réduisant la fréquence des pertes occasionnées par chaque nouvelle sortie.
  • Les sorties très espacées de Princesse Kaguya (Panini Manga). Avec un volume par an et 16 volumes restant à sortir, le titre de Reiko Shimizu se terminera dans 16 ans. N’est-on pas en train de se moquer du lecteur ?
  • Les sorties infiniment espacées de Moonlight Mile ou de Sidooh (Panini Manga). Aucun volume paru depuis respectivement plus d’un an et demi et près d’un an, et rien d’annoncé dans les plannings jusqu’au mois d’octobre. Mais l’éditeur prétend que ces titres se poursuivent à un rythme de sortie plus lent.
  • L’arrêt de publication à un point stratégique de Karakuri Circus (Delcourt). Afin d’atténuer la frustration du lecteur, l’éditeur décide de stopper son titre à la fin d’un gros chapitre de son histoire et, pour cela, complète son dernier volume avec des chapitres du volume suivant.
  • L’arrêt de publication déclaré du Cortège des Cent Démons (Doki Doki), Worst (Panini Manga) ou Karakuri Circus (Delcourt). L’éditeur annonce et justifie la douloureuse nouvelle. Après tout, il est toujours mieux d’être fixé sur le sort d’un titre plutôt que d’attendre éternellement la suite.
  • L’arrêt de publication en douce, en espérant que personne ne s’en rende compte. Honnêtement, vous pensez vraiment que les nombreux titres au rythme de sortie espacé de Panini Manga verront un jour leur suite publiée en France par cet éditeur ?

Si la question des mangas en difficulté m’intéresse aujourd’hui, c’est tout simplement, et très égoïstement, parce que deux titres que je suivais assidûment sont dans la tourmente : Sidooh et Moonlight Mile. Ce sont deux oeuvres que j’apprécie particulièrement pour leurs qualités graphiques et scénaristiques indéniables, mais également pour leur faculté à faire voyager et à transporter à une autre époque (le Japon du 19ème siècle pour Sidooh, le futur proche pour Moonlight Mile) grâce à un évident souci de réalisme ou de plausibilité.
A choisir parmi les solutions précédemment évoquées, je pense que la solution « idéale » pour la poursuite de leur publication serait un rythme de sortie raisonnablement espacé (un tome tous 4 à 5 mois), accompagné d’une hausse de prix de 1 ou 2 €, voire d’une suppression des jaquettes. Je serais prêt à faire ces petits sacrifices si cela permettait d’avoir la suite de ces mangas. Hélas, l’expérience montre que les choses sont rarement aussi faciles. En effet, tout changement nécessite de nouvelles, et parfois longues, négociations avec l’éditeur japonais qui, de surcroît, peuvent ne pas aboutir. Nous n’avons donc pas fini d’attendre et d’espérer la suite de nos séries préférées.

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1 commentaire

  1. Tu l’as dit…

    Pour ma part, je suis Dorohedoro, 7 SEEDS et Princesse Kaguya. Je faisais Le Cortège des cent démons que je regrette énormément. Pour le premier, je comprends qu’on espace les sorties, surtout que Soleil a l’air de faire le maximum pour qu’elle reste publiée. Pour 7 SEEDS et Princesse Kaguya qui sont des séries aux scénario solides et surtout, avec du suspense, un tel rythme ne leur rend pas service: personne ne les voit sortir et ceux qui l’achètent finissent par abandonner, au vu des volumes qu’on trouve souvent sur le marché de l’okkaz. C’est vraiment dommage. Quant à Princesse Kaguya, c’est vraiment du foutage de gueule…

    Le pire du pire dans le tas, ce sont les méthodes de Panini. Edition de piètre qualité, communication absente, « vision » éditoriale zéro, on voit bien que le manga c’est un gros business avant tout… Dommage car de nombreuses séries en souffrent de leur conneries! Pour ma part, je continue Princesse Kaguya mais j’ai envie de leur tordre le cou… Surtout que cette série est terminée depuis belle lurette. Ce serait même mieux de faire le contraire: tenter de sortir le tout rapidement pour ne plus en reparler ensuite…

    Je me dis que certaines séries (souvent bonnes) n’ont pas de chance vu les goûts de lecteurs « lambda » très nombreux sur le marché aujourd’hui…

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