Bakuon Rettô tome 7

Bakuon Rettô tome 7
En raison de révélations importantes sur son histoire, je déconseille la lecture de ce texte à ceux qui n’ont pas encore lu le volume 7 de Bakuon Rettô et qui souhaite le faire prochainement.
Parfois, on préférerait se tromper, et que nos intuitions douloureuses ne se concrétisent jamais. C’est empreint de ce sentiment, et en gardant à l’esprit le pressentiment évoqué dans ma précédente chronique, que j’ai lu le tome 7 de Bakuon Rettô. Hélas, les pistes laissées par Tsutomu Takahashi étaient trop évidentes pour mentir et l’intuition est finalement devenue réalité. Construit autour de la tragédie annoncée, ce volume, dramatique et poignant, est certainement le meilleur de la série et constitue un tournant majeur.
Le tome 7 de Bakuon Rettô commence dans l’euphorie de Takashi, qui nous fait part de ses sentiments lorsqu’il chevauche sa moto, entouré de la bande des Zeros, de son impression d’invincibilité et de son mépris vis à vis de ceux qui, comme lui auparavant, mènent une vie ordinaire. Et puis, lorsque la tension du rassemblement retombe, survient l’événement, sans prévenir, au moment où l’on s’y attend le moins. Le récit bascule alors dans la tristesse et l’incompréhension dues à la perte d’un proche. A l’aide de gros plans extrêmement soignés et expressifs, Tsutomu Takahashi représente parfaitement les sentiments qui animent les protagonistes au cours des différentes étapes de la tragédie. De l’angoisse au désespoir, leurs réactions face à celle-ci les rendent plus humains que jamais et ne peuvent laisser le lecteur indifférent. Il en est de même pour les hommages rendus au défunt, qui sont autant de scènes intenses et émouvantes. Ce drame, finalement si ordinaire, est traité avec beaucoup de tact et de pudeur par l’auteur, qui privilégie la suggestion plutôt que la surexposition ou l’exagération. L’événement et ses répercussions n’en ont ainsi que plus d’effet sur le lecteur.
Véritable charnière de Bakuon Rettô, la tragédie n’est pas sans conséquence sur Takashi. Elle l’amène à se marginaliser davantage et à sortir du système qu’il méprise. La fracture qui s’est créée entre lui et les gens « normaux » est plus profonde que jamais. Elle se traduit par la systématisation des regards gênés, qui se baissent à son approche, comme si le simple fait de le regarder en face était dangereux. Sa colère envers le reste du monde est également nourrie par ces attitudes et par le rejet qu’il ressent à tout instant, rien qu’en se baladant dans la rue. A la lecture du volume, on n’est pas optimiste concernant la suite pour le jeune homme, qui semble aller droit dans le mur. Toujours entièrement centré sur Takashi, le récit est basé sur ses choix et ses réactions, qui en sont les moteurs majeurs. Il s’agit d’un personnage fort, extrêmement bien posé et décrit par Tsutomu Takahashi. Si le lecteur, avec le recul qui est le sien, ne partage pas forcément ses opinions ou ses décisions, il ne peut que les comprendre, elles ou l’état d’esprit qui les a entraînées.
Avec son septième tome, Bakuon Rettô passionne comme jamais. C’est avec impatience que l’on attend la suite. Faute de Sidooh, les fans de Tsutomu Takahashi ont, avec ce titre, une consolation de grande qualité.